14030/06
WyrokETPCz2011-12-13ECLI:CE:ECHR:2011:1213JUD001403006
Analiza orzeczenia
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Zagadnienie prawne
Czy niewykonanie prawomocnego orzeczenia sądowego przez władze krajowe w rozsądnym terminie stanowi naruszenie prawa do rzetelnego procesu z art. 6 ust. 1 Konwencji?Ratio decidendi
Trybunał stwierdził, że niewykonanie prawomocnego orzeczenia sądowego przez władze krajowe w rozsądnym terminie pozbawia art. 6 ust. 1 Konwencji jego skuteczności. W niniejszej sprawie, opóźnienie w wykonaniu wyroku, które wynosiło około dwudziestu czterech miesięcy od daty jego uprawomocnienia, zostało uznane za nierozsądne, co doprowadziło do naruszenia prawa skarżącej do rzetelnego procesu. Trybunał podkreślił, że choć administracja może potrzebować pewnego czasu na dokonanie płatności, to czas ten nie powinien przekraczać rozsądnego terminu.Stan faktyczny
Skarżąca, Işıl Mesci, jest obywatelką Turcji. W sierpniu 1996 r. Dyrekcja Generalna Dróg Krajowych zajęła jej działkę pod budowę autostrady. 30 stycznia 2004 r. skarżąca wniosła pozew o odszkodowanie za faktyczne wywłaszczenie. Sąd krajowy przyznał jej 166 216 lir tureckich (TRY) odszkodowania, a Sąd Kasacyjny potwierdził ten wyrok 10 lutego 2005 r. Władze zapłaciły odszkodowanie dopiero 23 marca 2007 r.Rozstrzygnięcie
Trybunał jednogłośnie: 1. Deklaruje skargę dotyczącą art. 6 § 1 Konwencji za dopuszczalną, a pozostałą część za niedopuszczalną. 2. Stwierdza naruszenie art. 6 § 1 Konwencji. 3. Zasądza na rzecz skarżącej 2 400 EUR tytułem szkody niemajątkowej. 4. Odrzuca pozostałe żądania słusznego zadośćuczynienia.Pełny tekst orzeczenia
DEUXIÈME SECTION
AFFAIRE MESCİ c. TURQUIE
(Requête no 14030/06)
ARRÊT
STRASBOURG
13 décembre 2011
DÉFINITIF
13/03/2012
Cet arrêt est devenu définitif en vertu de l’article 44 § 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.
En l’affaire Mesci c. Turquie,
La Cour européenne des droits de l’homme (deuxième section), siégeant en une chambre composée de :
Françoise Tulkens, présidente,
Danutė Jočienė,
Isabelle Berro-Lefèvre,
András Sajó,
Işıl Karakaş,
Paulo Pinto de Albuquerque,
Helen Keller, juges,
et de Stanley Naismith, greffier de section,
Après en avoir délibéré en chambre du conseil le 22 novembre 2011,
Rend l’arrêt que voici, adopté à cette date :
PROCÉDURE
1. A l’origine de l’affaire se trouve une requête (no 14030/06) dirigée contre la République de Turquie et dont une ressortissante de cet Etat, Mme Işıl Mesci (« la requérante »), a saisi la Cour le 21 mars 2006 en vertu de l’article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (« la Convention »).
2. La requérante est représentée par Me Y. Uysal, avocat à Izmir. Le gouvernement turc (« le Gouvernement ») a été représenté par son agent.
3. La requérante se plaignait d’une violation de l’article 6 de la Convention et de l’article 1 du Protocole no 1.
4. Le 17 décembre 2008, la Cour a décidé de communiquer la requête au Gouvernement. Comme le permettait l’article 29 § 3 de la Convention en vigueur à l’époque, il avait en outre été décidé que la chambre se prononcerait en même temps sur la recevabilité et le fond de l’affaire.
EN FAIT
I. LES CIRCONSTANCES DE L’ESPÈCE
5. La requérante est née en 1966 et réside à Istanbul.
6. En août 1996, la direction générale des routes nationales (« l’administration ») prit possession du terrain appartenant à la requérante en vue de la construction d’une autoroute.
7. Le 30 janvier 2004, la requérante saisit le tribunal de grande instance d’Izmir d’une action en dommages et intérêts pour cause d’expropriation de facto.
8. Dans son mémoire en défense, l’administration soutenait que, entre 1996 et 1998, elle avait effectivement pris la décision d’exproprier le terrain en cause, mais qu’il ne lui avait pas été possible de déterminer l’adresse de la requérante, ce qui l’aurait empêchée de notifier à l’intéressée le procès-verbal contenant la décision d’expropriation, l’indication de l’emplacement de son terrain et le montant de l’indemnité fixée par une commission d’experts de l’administration.
9. Par un jugement du 20 mai 2004, le tribunal donna gain de cause à la requérante et lui alloua la somme de 166 216 livres turques (TRY, soit environ 88 398 euros (EUR)) pour l’expropriation de facto de son terrain, assortie d’intérêts moratoires au taux légal à compter de la date d’introduction de l’instance. En contrepartie, le terrain fut inscrit sur le registre foncier au nom du Trésor.
Les parties firent appel de ce jugement.
10. Par un arrêt du 10 février 2005, notifié à la requérante le 2 mars 2005, la Cour de cassation confirma le jugement de la juridiction de première instance.
11. Le 23 mars 2007, l’administration paya à la requérante la somme de 257 880 TRY (soit environ 138 170 EUR).
EN DROIT
I. SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L’ARTICLE 1 DU PROTOCOLE No 1
12. Sur le terrain de l’article 1 du Protocole no 1, la requérante dénonce d’abord une atteinte à son droit au respect de ses biens, reprochant à l’administration d’avoir occupé son terrain pendant de longues années sans qu’une décision d’expropriation en bonne et due forme eût été prise. Se référant à l’article 46 de la Constitution, elle se plaint également de la non-application à sa créance du taux des intérêts moratoires maximum applicable aux dettes publiques. Elle conteste en outre l’appréciation faite par les juridictions internes de la législation nationale et la solution retenue par celles-ci dans son affaire.
Sur la recevabilité
1. Sur le non-épuisement des voies de recours internes
13. Le Gouvernement excipe du non-épuisement des voies de recours internes (article 35 §§ 1 et 4 de la Convention), reprochant à la requérante de ne pas avoir intenté, sur le fondement de l’article 14 de la loi sur l’expropriation, une action en annulation de l’acte d’expropriation dans un délai d’un mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de l’expropriation en question.
14. La requérante conteste cette exception du Gouvernement.
15. La Cour rappelle qu’elle a rejeté une telle exception dans l’affaire Şat c. Turquie (no 34993/05, §§ 13-15, 14 juin 2011). Dès lors, l’exception du Gouvernement ne saurait être retenue.
2. Sur le délai de six mois
16. Cela étant, la Cour doit rechercher si la requérante peut passer pour avoir satisfait à la règle du respect du délai de six mois prévu à l’article 35 § 1 de la Convention (Şat, précité, §§ 16-18, Özpınar c. Turquie, no 20999/04, § 34, 19 octobre 2010, Belaousof et autres c. Grèce, no 66296/01, § 38, 27 mai 2004, et Walker c. Royaume-Uni (déc.), no 34979/97, CEDH 2000-I).
17. Elle note que l’intéressée se plaint d’avoir perdu son terrain sans que la procédure d’expropriation légale eût été respectée et de n’avoir pas vu appliquer à sa créance le taux des intérêts moratoires maximum applicable aux dettes publiques prévu à l’article 46 de la Constitution, et qu’elle critique en outre l’appréciation faite par les juridictions internes de la législation nationale et la solution retenue par celles-ci.
18. La Cour observe que, selon le constat des juridictions nationales, l’administration avait occupé le terrain de la requérante sans qu’une procédure d’expropriation en bonne et due forme eût été mise en œuvre dans les conditions prévues par la loi. En conséquence, l’intéressée s’est vu octroyer des dommages et intérêts pour expropriation de fait, en contrepartie de l’inscription foncière du bien en cause au nom du Trésor. La Cour observe également que les tribunaux internes ont considéré que le taux d’intérêt applicable à la créance de la requérante était le taux légal – et non le taux maximum applicable aux dettes publiques prévu à l’article 46 de la Constitution. Dès lors, elle estime que, pour autant que la requérante se plaint de la pratique de l’expropriation de fait et de l’interprétation de la législation nationale faite par les tribunaux internes ayant eu pour conséquence la non-application à sa créance du taux maximum applicable aux dettes publiques – l’application de ce taux étant réservée aux expropriations formelles –, elle aurait dû introduire sa requête devant la Cour dans un délai de six mois à partir de la date de la notification de la décision définitive, à savoir le 2 mars 2005. Or l’intéressée n’a introduit sa requête que le 21 mars 2006. Il s’ensuit que cette partie de la requête est tardive et qu’elle doit être rejetée, en application de l’article 35 §§ 1 et 4 de la Convention.
II. SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L’ARTICLE 6 § 1 DE LA CONVENTION
19. Invoquant l’article 6 § 1 de la Convention, la requérante se plaint de la longue période pendant laquelle l’administration aurait omis d’exécuter le paiement de l’indemnité qui lui avait été accordée par une décision de justice devenue définitive.
20. Le Gouvernement combat la thèse de la requérante.
A. Sur la recevabilité
21. La Cour estime, à la lumière des critères qui se dégagent de sa jurisprudence et compte tenu de l’ensemble des éléments en sa possession, que ce grief doit faire l’objet d’un examen au fond. Elle constate en effet que celui-ci ne se heurte à aucun motif d’irrecevabilité.
B. Sur le fond
22. La Cour a conclu, dans maintes affaires soulevant des questions semblables à celles de l’espèce, à la violation de l’article 6 § 1 de la Convention (voir, par exemple, Bourdov c. Russie, no 59498/00, CEDH 2002‑III, Romachov c. Ukraine, no 67534/01, 27 juillet 2004, et Kuzu c. Turquie, no 13062/03, 17 janvier 2006). Elle ne voit rien dans la présente affaire qui puisse l’écarter de pareille conclusion.
23. En effet, elle observe que l’arrêt de la Cour de cassation est devenu définitif le 10 février 2005, qu’il n’a été exécuté par les autorités que le 23 mars 2007 et qu’il a donc fallu à l’administration environ vingt-quatre mois pour l’exécuter. Certes, l’on peut admettre qu’une administration puisse avoir besoin d’un certain laps de temps avant de procéder à un paiement ; ce laps de temps ne devrait cependant pas dépasser un délai raisonnable (Ak c. Turquie, no 27150/02, § 26, 31 juillet 2007). En l’espèce, la Cour estime que, compte tenu de la jurisprudence de la Cour en la matière, le délai d’inexécution en question ne peut être considéré comme étant raisonnable (ibidem).
24. Par conséquent, la Cour estime que les autorités nationales, en omettant de se conformer dans un délai raisonnable aux décisions de justice devenues définitives, ont partiellement privé les dispositions de l’article 6 § 1 de la Convention de leur effet utile.
25. Dès lors, il y a eu violation de cet article.
III. SUR L’APPLICATION DE L’ARTICLE 41 DE LA CONVENTION
A. Dommage
26. La requérante réclame 146 194 TRY (soit 67 500 EUR) pour dommage matériel et 10 000 TRY (soit 4 600 EUR) pour dommage moral.
27. Le Gouvernement invite la Cour à rejeter ces prétentions qu’il juge excessives et dépourvues de fondement. Il avance que la requérante n’a pas démontré avoir subi un dommage et que l’octroi d’une satisfaction équitable constituerait un enrichissement non justifié.
28. La Cour, n’apercevant pas de lien de causalité entre la violation constatée et le dommage matériel allégué, rejette cette demande.
29. En revanche, elle estime que l’intéressée a subi, du fait de l’incertitude quant à la date du paiement, un préjudice moral certain qui n’est pas suffisamment compensé par le constat de violation. Statuant en équité, elle décide d’octroyer 2 400 EUR à la requérante à ce titre.
B. Frais et dépens
30. En ce qui concerne les frais et dépens, la requérante, sans présenter aucune pièce justificative, sollicite 20 000 TRY (soit environ 10 000 EUR) pour les honoraires d’avocat.
31. Le Gouvernement demande à la Cour de n’accorder aucune somme à ce titre dans la mesure où la requérante ne justifie pas ses prétentions.
32. Compte tenu de l’absence de tout justificatif, la Cour rejette la demande de la requérante.
C. Intérêts moratoires
33. La Cour juge approprié de calquer le taux des intérêts moratoires sur le taux d’intérêt de la facilité de prêt marginal de la Banque centrale européenne majoré de trois points de pourcentage.
PAR CES MOTIFS, LA COUR, À L’UNANIMITÉ,
1. Déclare la requête recevable quant au grief tiré de l’article 6 § 1 de la Convention et irrecevable pour le surplus ;
2. Dit qu’il y a eu violation de l’article 6 § 1 de la Convention ;
3. Dit
a) que l’Etat défendeur doit verser à la requérante, dans les trois mois à compter du jour où l’arrêt sera devenu définitif conformément à l’article 44 § 2 de la Convention, 2 400 EUR (deux mille quatre cents euros) pour dommage moral, somme à convertir en livres turques au taux applicable à la date du règlement, plus tout montant pouvant être dû à titre d’impôt ;
b) qu’à compter de l’expiration dudit délai et jusqu’au versement, ce montant sera à majorer d’un intérêt simple à un taux égal à celui de la facilité de prêt marginal de la Banque centrale européenne applicable pendant cette période, augmenté de trois points de pourcentage ;
4. Rejette la demande de satisfaction équitable pour le surplus.
Fait en français, puis communiqué par écrit le 13 décembre 2011, en application de l’article 77 §§ 2 et 3 du règlement.
Stanley Naismith Françoise Tulkens
Greffier Présidente
© Rada Europy / Europejski Trybunał Praw Człowieka, źródło: HUDOC (hudoc.echr.coe.int), pozyskano 13.07.2026. · Źródło