14738/06

WyrokETPCz2011-12-13ECLI:CE:ECHR:2011:1213JUD001473806

Analiza orzeczenia

Sekcja wygenerowana przez AI na podstawie treści orzeczenia — nie stanowi cytatu.

Zagadnienie prawne
Czy opóźnienie w wykonaniu prawomocnego orzeczenia sądowego dotyczącego odszkodowania za faktyczne wywłaszczenie naruszyło prawo do rzetelnego procesu sądowego, w szczególności prawo do wykonania orzeczenia w rozsądnym terminie, zgodnie z art. 6 ust. 1 Konwencji?
Ratio decidendi
Trybunał stwierdził, że 23-miesięczne opóźnienie w wypłacie odszkodowania zasądzonego prawomocnym wyrokiem sądu krajowego, liczone od daty uprawomocnienia się orzeczenia do daty jego wykonania, było nieuzasadnione i przekroczyło rozsądny termin. Trybunał podkreślił, że brak wykonania orzeczenia w rozsądnym terminie pozbawia art. 6 ust. 1 Konwencji jego skuteczności, co stanowi ugruntowaną zasadę w jego orzecznictwie. W konsekwencji, władze krajowe naruszyły prawo skarżącej do rzetelnego procesu.
Stan faktyczny
W sierpniu 1996 roku turecka Generalna Dyrekcja Dróg Krajowych zajęła grunt skarżącej, Yüksel Domaniç, w celu budowy autostrady. 21 marca 2003 roku skarżąca wniosła do sądu w Izmirze pozew o odszkodowanie z tytułu faktycznego wywłaszczenia. Sąd przyznał jej odszkodowanie w wysokości 119 569 TRY (około 66 816 EUR) w kwietniu 2003 roku, a Sąd Kasacyjny potwierdził ten wyrok we wrześniu 2004 roku. Odszkodowanie zostało wypłacone skarżącej dopiero 3 sierpnia 2006 roku.
Rozstrzygnięcie
Trybunał jednogłośnie: 1. Uznał skargę dotyczącą art. 6 ust. 1 Konwencji za dopuszczalną, a pozostałą część skargi za niedopuszczalną. 2. Stwierdził naruszenie art. 6 ust. 1 Konwencji. 3. Zasądził na rzecz skarżącej 1 800 EUR tytułem szkody niemajątkowej. 4. Oddalił pozostałe roszczenia o słuszne zadośćuczynienie.

Pełny tekst orzeczenia

DEUXIÈME SECTION           AFFAIRE DOMANİÇ c. TURQUIE   (Requête no 14738/06)               ARRÊT       STRASBOURG   13 décembre 2011   DÉFINITIF   13/03/2012   Cet arrêt est devenu définitif en vertu de l’article 44 § 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme. En l’affaire Domaniç c. Turquie, La Cour européenne des droits de l’homme (deuxième section), siégeant en une chambre composée de :  Françoise Tulkens, présidente,  Danutė Jočienė,  Isabelle Berro-Lefèvre,  András Sajó,  Işıl Karakaş,  Paulo Pinto de Albuquerque,  Helen Keller, juges, et de Stanley Naismith, greffier de section, Après en avoir délibéré en chambre du conseil le 22 novembre 2011, Rend l’arrêt que voici, adopté à cette date : PROCÉDURE 1.  A l’origine de l’affaire se trouve une requête (no 14738/06) dirigée contre la République de Turquie et dont une ressortissante de cet Etat, Mme Yüksel Domaniç (« la requérante »), a saisi la Cour le 21 mars 2006 en vertu de l’article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (« la Convention »). 2.  La requérante est représentée par Me Y. Uysal, avocat à Izmir. Le gouvernement turc (« le Gouvernement ») a été représenté par son agent. 3.  La requérante se plaignait d’une violation de l’article 6 de la Convention et de l’article 1 du Protocole no 1. 4.  Le 17 décembre 2008, la Cour a décidé de communiquer la requête au Gouvernement. Comme le permettait l’article 29 § 3 de la Convention en vigueur à l’époque, il avait en outre été décidé que la chambre se prononcerait en même temps sur la recevabilité et le fond de l’affaire. EN FAIT I.  LES CIRCONSTANCES DE L’ESPÈCE 5.  La requérante est née en 1938 et réside à Istanbul. 6.  En août 1996, la direction générale des routes nationales (« l’administration ») prit possession du terrain appartenant à la requérante en vue de la construction d’une autoroute. 7.  Le 21 mars 2003, la requérante saisit le tribunal de grande instance d’Izmir d’une action en dommages et intérêts pour cause d’expropriation de facto. 8.  Dans son mémoire en défense, l’administration soutenait que, entre 1996 et 1998, elle avait effectivement pris la décision d’exproprier le terrain en cause, mais qu’il ne lui avait pas été possible de déterminer l’adresse de la requérante, ce qui l’aurait empêchée de notifier à l’intéressée le procès-verbal contenant la décision d’expropriation, l’indication de l’emplacement de son terrain et le montant de l’indemnité fixée par une commission d’experts de l’administration. 9.  Par un jugement du 28 avril 2003, le tribunal donna gain de cause à la requérante et lui alloua la somme de 119 569 livres turques (TRY, soit environ 66 816 euros (EUR)) pour l’expropriation de facto de son terrain, assortie d’intérêts moratoires au taux légal à compter de la date d’introduction de l’instance. En contrepartie, le terrain fut inscrit sur le registre foncier au nom du Trésor. Les parties firent appel de ce jugement. 10.  Par un arrêt du 22 septembre 2004, notifié à la requérante le 17 novembre 2004, la Cour de cassation confirma le jugement de la juridiction de première instance. 11.  Le 3 août 2006, l’administration paya à la requérante la somme de 234 182 TRY (soit environ 122 497 EUR). EN DROIT I.  SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L’ARTICLE 1 DU PROTOCOLE No 1 12.  Sur le terrain de l’article 1 du Protocole no 1, la requérante dénonce d’abord une atteinte à son droit au respect de ses biens, reprochant à l’administration d’avoir occupé son terrain pendant de longues années sans qu’une décision d’expropriation en bonne et due forme eût été prise. Se référant à l’article 46 de la Constitution, elle se plaint également de la non-application à sa créance du taux des intérêts moratoires maximum applicable aux dettes publiques. Elle conteste en outre l’appréciation faite par les juridictions internes de la législation nationale et la solution retenue par celles-ci dans son affaire. Sur la recevabilité 1.  Sur le non-épuisement des voies de recours internes 13.  Le Gouvernement excipe du non-épuisement des voies de recours internes (article 35 §§ 1 et 4 de la Convention), reprochant à la requérante de ne pas avoir intenté, sur le fondement de l’article 14 de la loi sur l’expropriation, une action en annulation de l’acte d’expropriation dans un délai d’un mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de l’expropriation en question. 14.  La requérante conteste cette exception du Gouvernement. 15.  La Cour rappelle qu’elle a rejeté une telle exception dans l’affaire Şat c. Turquie (no 34993/05, §§ 13-15, 14 juin 2011). Dès lors, l’exception du Gouvernement ne saurait être retenue. 2.  Sur le délai de six mois 16.  Cela étant, la Cour doit rechercher si la requérante peut passer pour avoir satisfait à la règle du respect du délai de six mois prévu à l’article 35 § 1 de la Convention (Şat, précité, §§ 16-18, Özpınar c. Turquie, no 20999/04, § 34, 19 octobre 2010, Belaousof et autres c. Grèce, no 66296/01, § 38, 27 mai 2004, et Walker c. Royaume-Uni (déc.), no 34979/97, CEDH 2000-I). 17.  Elle note que l’intéressée se plaint d’avoir perdu son terrain sans que la procédure d’expropriation légale eût été respectée et de n’avoir pas vu appliquer à sa créance le taux des intérêts moratoires maximum applicable aux dettes publiques prévu à l’article 46 de la Constitution, et qu’elle critique en outre l’appréciation faite par les juridictions internes de la législation nationale et la solution retenue par celles-ci. 18.  La Cour observe que, selon le constat des juridictions nationales, l’administration avait occupé le terrain de la requérante sans qu’une procédure d’expropriation en bonne et due forme eût été mise en œuvre dans les conditions prévues par la loi. En conséquence, l’intéressée s’est vu octroyer des dommages et intérêts pour expropriation de fait, en contrepartie de l’inscription foncière du bien en cause au nom du Trésor. La Cour observe également que les tribunaux internes ont considéré que le taux d’intérêt applicable à la créance de la requérante était le taux légal – et non le taux maximum applicable aux dettes publiques prévu à l’article 46 de la Constitution. Dès lors, elle estime que, pour autant que la requérante se plaint de la pratique de l’expropriation de fait et de l’interprétation de la législation nationale faite par les tribunaux internes ayant eu pour conséquence la non-application à sa créance du taux maximum applicable aux dettes publiques – l’application de ce taux étant réservée aux expropriations formelles –, elle aurait dû introduire sa requête devant la Cour dans un délai de six mois à partir de la date de la notification de la décision définitive, à savoir le 17 novembre 2004. Or l’intéressée n’a introduit sa requête que le 28 mars 2006. Il s’ensuit que cette partie de la requête est tardive et qu’elle doit être rejetée, en application de l’article 35 §§ 1 et 4 de la Convention. II.  SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L’ARTICLE 6 § 1 DE LA CONVENTION 19.  Invoquant l’article 6 § 1 de la Convention, la requérante se plaint de la longue période pendant laquelle l’administration aurait omis d’exécuter le paiement de l’indemnité qui lui avait été accordée par une décision de justice devenue définitive. 20.  Le Gouvernement combat la thèse de la requérante. A.  Sur la recevabilité 21.  La Cour estime, à la lumière des critères qui se dégagent de sa jurisprudence et compte tenu de l’ensemble des éléments en sa possession, que ce grief doit faire l’objet d’un examen au fond. Elle constate en effet que celui-ci ne se heurte à aucun motif d’irrecevabilité. B.  Sur le fond 22.  La Cour a conclu, dans maintes affaires soulevant des questions semblables à celles de l’espèce, à la violation de l’article 6 § 1 de la Convention (voir, par exemple, Bourdov c. Russie, no 59498/00, CEDH 2002‑III, Romachov c. Ukraine, no 67534/01, 27 juillet 2004, et Kuzu c. Turquie, no 13062/03, 17 janvier 2006). Elle ne voit rien dans la présente affaire qui puisse l’écarter de pareille conclusion. 23.  En effet, elle observe que l’arrêt de la Cour de cassation est devenu définitif le 22 septembre 2004, qu’il n’a été exécuté par les autorités que le 3 août 2006 et qu’il a donc fallu à l’administration environ vingt-trois mois pour l’exécuter. Certes, l’on peut admettre qu’une administration puisse avoir besoin d’un certain laps de temps avant de procéder à un paiement ; ce laps de temps ne devrait cependant pas dépasser un délai raisonnable (Ak c. Turquie, no 27150/02, § 26, 31 juillet 2007). En l’espèce, la Cour estime que, compte tenu de la jurisprudence de la Cour en la matière, le délai d’inexécution en question ne peut être considéré comme étant raisonnable (ibidem). 24.  Par conséquent, la Cour estime que les autorités nationales, en omettant de se conformer dans un délai raisonnable aux décisions de justice devenues définitives, ont partiellement privé les dispositions de l’article 6 § 1 de la Convention de leur effet utile. 25.  Dès lors, il y a eu violation de cet article. III.  SUR L’APPLICATION DE L’ARTICLE 41 DE LA CONVENTION A.  Dommage 26.  La requérante réclame 116 408 TRY (soit 53 742 EUR) pour dommage matériel et 10 000 TRY (soit 4 600 EUR) pour dommage moral. 27.  Le Gouvernement invite la Cour à rejeter ces prétentions qu’il juge excessives et dépourvues de fondement. Il avance que la requérante n’a pas démontré avoir subi un dommage et que l’octroi d’une satisfaction équitable constituerait un enrichissement non justifié. 28.  La Cour, n’apercevant pas de lien de causalité entre la violation constatée et le dommage matériel allégué, rejette cette demande. 29.  En revanche, elle estime que l’intéressée a subi, du fait de l’incertitude quant à la date du paiement, un préjudice moral certain qui n’est pas suffisamment compensé par le constat de violation. Statuant en équité, elle décide d’octroyer 1 800 EUR à la requérante à ce titre. B.  Frais et dépens 30.  En ce qui concerne les frais et dépens, la requérante, sans présenter aucune pièce justificative, sollicite 20 000 TRY (soit environ 10 000 EUR) pour les honoraires d’avocat. 31.  Le Gouvernement demande à la Cour de n’accorder aucune somme à ce titre dans la mesure où la requérante ne justifie pas ses prétentions. 32.  Compte tenu de l’absence de tout justificatif, la Cour rejette la demande de la requérante. C.  Intérêts moratoires 33.  La Cour juge approprié de calquer le taux des intérêts moratoires sur le taux d’intérêt de la facilité de prêt marginal de la Banque centrale européenne majoré de trois points de pourcentage. PAR CES MOTIFS, LA COUR, À L’UNANIMITÉ, 1.  Déclare la requête recevable quant au grief tiré de l’article 6 § 1 de la Convention et irrecevable pour le surplus ;   2.  Dit qu’il y a eu violation de l’article 6 § 1 de la Convention ;   3.  Dit a)  que l’Etat défendeur doit verser à la requérante, dans les trois mois à compter du jour où l’arrêt sera devenu définitif conformément à l’article 44 § 2 de la Convention, 1 800 EUR (mille huit cents euros) pour dommage moral, somme à convertir en livres turques au taux applicable à la date du règlement, plus tout montant pouvant être dû à titre d’impôt ; b)  qu’à compter de l’expiration dudit délai et jusqu’au versement, ce montant sera à majorer d’un intérêt simple à un taux égal à celui de la facilité de prêt marginal de la Banque centrale européenne applicable pendant cette période, augmenté de trois points de pourcentage ;   4.  Rejette la demande de satisfaction équitable pour le surplus. Fait en français, puis communiqué par écrit le 13 décembre 2011, en application de l’article 77 §§ 2 et 3 du règlement. Stanley Naismith Françoise Tulkens  Greffier Présidente

© Rada Europy / Europejski Trybunał Praw Człowieka, źródło: HUDOC (hudoc.echr.coe.int), pozyskano 13.07.2026. · Źródło