51485/99

WyrokETPCz2004-10-07ECLI:CE:ECHR:2004:1007JUD005148599

Analiza orzeczenia

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Zagadnienie prawne
Czy opóźnienie w wypłacie odszkodowania za wywłaszczenie oraz niewystarczające odsetki za zwłokę w warunkach wysokiej inflacji naruszyły prawo do poszanowania mienia z art. 1 Protokołu nr 1 do Konwencji?
Ratio decidendi
Trybunał uznał, że opóźnienie w wypłacie odszkodowania uzupełniającego, przyznanego przez sądy krajowe, było zawinione przez administrację wywłaszczającą i spowodowało dla skarżącego szkodę odrębną od samego wywłaszczenia. To opóźnienie, w połączeniu z całkowitym czasem trwania postępowania, doprowadziło do nałożenia na skarżącego specjalnego i nadmiernego obciążenia. W konsekwencji, została naruszona sprawiedliwa równowaga, która powinna istnieć między wymogami interesu ogólnego a ochroną prawa do poszanowania mienia, co stanowiło naruszenie art. 1 Protokołu nr 1.
Stan faktyczny
W 1990 roku Generalna Dyrekcja Dróg Krajowych wywłaszczyła nieruchomości należące do skarżącego w Stambule. Skarżący nie zgodził się z wysokością wypłaconego odszkodowania i wniósł do sądu powództwo o jego zwiększenie. Sąd przyznał skarżącemu dodatkowe odszkodowanie wraz z odsetkami w wysokości 30% rocznie, liczone od daty przeniesienia własności. Wyrok ten został potwierdzony przez Sąd Kasacyjny. Dodatkowe odszkodowanie zostało wypłacone skarżącemu dopiero 4 lutego 1998 roku, co oznaczało znaczne opóźnienie, a odsetki okazały się niewystarczające w obliczu wysokiej inflacji w Turcji.
Rozstrzygnięcie
Trybunał jednogłośnie: 1. Uznał skargę za dopuszczalną; 2. Stwierdził naruszenie art. 1 Protokołu nr 1; 3. Zasądził na rzecz skarżącego 13 000 EUR tytułem szkody majątkowej oraz 300 EUR tytułem kosztów i wydatków; 4. Stwierdził, że samo stwierdzenie naruszenia stanowi wystarczające zadośćuczynienie za szkodę niemajątkową; 5. Oddalił pozostałą część żądania słusznego zadośćuczynienia.

Pełny tekst orzeczenia

TROISIÈME SECTION     AFFAIRE TURAN c. TURQUIE     (Requête no 51485/99)     ARRêT     STRASBOURG     7 octobre 2004       DÉFINITIF   02/02/2005         Cet arrêt deviendra définitif dans les conditions définies à l'article 44 § 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme] En l'affaire Turan c. Turquie, La Cour européenne des Droits de l'Homme (troisième section), siégeant en une chambre composée de :  MM. G. Ress, président,   L. Caflisch,   R. Türmen,   B. Zupančič,  Mme H.S. Greve,  M. K. Traja,  Mme A. Gyulumyan, juges, et de M. V. Berger, greffier de section, Après en avoir délibéré en chambre du conseil le 16 septembre 2004, Rend l'arrêt que voici, adopté à cette date : PROCÉDURE 1.  A l'origine de l'affaire se trouve une requête (no 51485/99) dirigée contre la République de Turquie et dont un ressortissant de cet Etat, M. Mustafa Turan (« le requérant »), avait saisi la Commission européenne des Droits de l'Homme (« la Commission ») le 1er août 1998 en vertu de l'ancien article 25 de la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales (« la Convention »). 2.  Le requérant est représenté par Me B. Baysal, avocate à Istanbul. Le gouvernement turc (« le Gouvernement ») n'a pas désigné d'agent dans la procédure devant la Cour. 3.  La requête a été transmise à la Cour le 1er novembre 1998, date d'entrée en vigueur du Protocole no 11 à la Convention (article 5 § 2 du Protocole no 11). 4.  La requête a été attribuée à la première section de la Cour (article 52 § 1 du règlement). Au sein de celle-ci, la chambre chargée d'examiner l'affaire (article 27 § 1 de la Convention) a été constituée conformément à l'article 26 § 1 du règlement. 5.  Le 24 octobre 2000, la Cour (première section) a décidé de communiquer la requête au Gouvernement. 6.  Le 1er novembre 2001, la Cour a modifié la composition de ses sections (article 25 § 1 du règlement). La présente requête a été attribuée à la troisième section ainsi remaniée (article 52 § 1). 7.  Par une lettre du 22 avril 2004, la Cour a informé les parties qu'elle se prononcerait, en application de l'article 29 §§ 1 et 3 de la Convention, tant sur la recevabilité que sur le fond de la requête. EN FAIT I.  LES CIRCONSTANCES DE L'ESPÈCE 8.  Le requérant est né en 1947 et réside à Istanbul. 9.  En 1990, la Direction générale des routes nationales (« la Direction ») expropria des biens immobiliers appartenant au requérant, sis à Istanbul. Des indemnités d'expropriation fixées par la Direction lui furent versées à la date du transfert de propriété. 10.  En désaccord sur le montant payé par la Direction, le requérant introduisit auprès du tribunal de grande instance compétent une action en augmentation des indemnités d'expropriation. 11.  Le tribunal donna gain de cause au requérant et condamna la Direction à lui verser des indemnités d'expropriation complémentaires, assorties d'intérêts moratoires simples au taux de 30 % l'an à compter de la date du transfert de propriété. Ce jugement fut confirmé par la Cour de cassation et devint définitif. 12.  Le 4 février 1998, la Direction versa au requérant les compléments d'indemnité en question. 13.  Des détails figurent dans le tableau suivant :   MONTANT DE L'INDEMNITÉ COMPLÉMENTAIRE (TRL) DATE DE DÉPART DU CALCUL DES INTÉRÊTS MORATOIRES DATE DE L'ARRÊT DE LA COUR DE CASSATION DATE DU PAIEMENT MONTANT DU PAIEMENT (TRL) 92 334 936 22/5/1990 20/9/1993 4/2/1998 302 822 000 II.  LE DROIT ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS 14.  Le droit et la pratique internes pertinents sont décrits dans les arrêts Akkuş c. Turquie (9 juillet 1997, Recueil des arrêts et décisions 1997-IV, pp. 1305-1306, §§ 13-16) et Aka c. Turquie (23 septembre 1998, Recueil 1998‑VI, pp. 2674‑2676, §§ 17-25). EN DROIT I.  SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L'ARTICLE 1 DU PROTOCOLE No 1 15.  Le requérant se plaigne d'une perte de valeur des indemnités complémentaires d'expropriation versées avec retard par la Direction, en raison de l'insuffisance des intérêts moratoires par rapport au taux d'inflation très élevé en Turquie. Il invoque à cet égard l'article 1 du Protocole no 1, ainsi libellé : « Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. » A.  Sur la recevabilité 16.  La Cour estime, à la lumière des critères qui se dégagent de sa jurisprudence (voir, notamment, Akkuş, précité) et compte tenu de l'ensemble des éléments en sa possession, que la requête doit faire l'objet d'un examen au fond. Elle constate en effet que celle-ci ne se heurte à aucun motif d'irrecevabilité. B.  Sur le fond 17.  La Cour a traité à maintes reprises d'affaires soulevant des questions semblables à celles du cas d'espèce et a constaté la violation de l'article 1 du Protocole no 1 (voir Akkuş, précité, p. 1310, §§ 30-31, et Aka, précité, p. 2682, §§ 50-51). 18.  La Cour a examiné la présente affaire et considère que le Gouvernement n'a fourni aucun fait ni argument pouvant mener à une conclusion différente dans le cas présent. Elle constate que le retard pris dans le paiement de l'indemnité complémentaire accordée par les juridictions internes est imputable à l'administration expropriante, qui a fait subir à la propriétaire un préjudice distinct s'ajoutant à l'expropriation de ses biens. C'est ce retard, doublé de la durée effective totale de la procédure en question, qui amène la Cour à considérer que le requérant a eu à supporter une charge spéciale et exorbitante qui a rompu le juste équilibre devant régner entre les exigences de l'intérêt général et la sauvegarde du droit au respect des biens. 19.  Par conséquent, il y a eu violation de l'article 1 du Protocole no 1. II.  SUR L'APPLICATION DE L'ARTICLE 41 DE LA CONVENTION 20.  Aux termes de l'article 41 de la Convention, « Si la Cour déclare qu'il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d'effacer qu'imparfaitement les conséquences de cette violation, la Cour accorde à la partie lésée, s'il y a lieu, une satisfaction équitable. » A.  Dommage matériel et moral 21.  Le requérant affirme devoir être dédommagé pour un préjudice matériel qu'il évalue à 13 000 euros (EUR). Il réclame en outre la réparation d'un dommage moral qu'elle évalue à 3 000 EUR. 22.  Le Gouvernement conteste ces prétentions. 23.  Considérant le mode de calcul adopté dans l'arrêt Akkuş (précité, p. 1311, §§ 35-36 et 39) et à la lumière des données économiques pertinentes, la Cour accorde à titre de dommage matériel 13 000 EUR au requérant. Quant au préjudice moral, la Cour estime que, dans les circonstances de l'espèce, le constat de violation constitue en soi une satisfaction équitable suffisante. B.  Frais et dépens 24.  Le requérant demande également 2 400 EUR pour les frais et dépens encourus devant la Commission et la Cour. 25.  Le Gouvernement conteste ces prétentions. 26.  Compte tenu des éléments en sa possession et de sa jurisprudence en la matière, la Cour estime raisonnable la somme de 300 EUR pour la procédure devant la Commission et la Cour, et l'accorde au requérant. C.  Intérêts moratoires 27.  La Cour juge approprié de baser le taux des intérêts moratoires sur le taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal de la Banque centrale européenne majoré de trois points de pourcentage. PAR CES MOTIFS, LA COUR, À L'UNANIMITÉ, 1.  Déclare la requête recevable ;   2.  Dit qu'il y a eu violation de l'article 1 du Protocole no 1 ;   3.  Dit a)  que l'Etat défendeur doit verser au requérant, dans les trois mois à compter du jour où l'arrêt sera devenu définitif conformément à l'article 44 § 2 de la Convention, les sommes suivantes, plus tout montant pouvant être dû au titre de taxes, droits de timbres et charges fiscales exigibles au moment du versement, à convertir en livres turques au taux applicable à la date du règlement : i.  13 000 EUR (treize mille euros) pour dommage matériel ; ii.  300 EUR (trois cents euros) pour frais et dépens ; b)  qu'à compter de l'expiration dudit délai et jusqu'au versement, ces montants seront à majorer d'un intérêt simple à un taux égal à celui de la facilité de prêt marginal de la Banque centrale européenne applicable pendant cette période, augmenté de trois points de pourcentage ;   4.  Dit que le constat de violation constitue par lui-même une satisfaction équitable pour le préjudice moral ;   5.  Rejette la demande de satisfaction équitable pour le surplus. Fait en français, puis communiqué par écrit le 7 octobre 2004 en application de l'article 77 §§ 2 et 3 du règlement.  Vincent Berger Georg Ress  Greffier Président

© Rada Europy / Europejski Trybunał Praw Człowieka, źródło: HUDOC (hudoc.echr.coe.int), pozyskano 13.07.2026. · Źródło